La montée de Lagodekhi jusqu’au Black Rock Lake

Stop en Kakheti

Tout avait commencé avec la découverte du site en arrivant en stop quelques semaines plus tôt. La ville de Lagodekhi n’était absolument pas dotée de charme en revanche son parc naturel semblait être son atout majeur. Après une première excursion jusqu’au Grouse Waterfall, je me promettais de revenir pour le challenge supérieur aller en haut de la montagne frontalière au Daghestan. Promesse tenue, je revenais et de nouveau en auto stop sous fond de pop russe dégoulinante.

Sur la route de Lagodekhi

Lagodekhi aborde la fin de la route nord géorgienne longeant les pentes du Caucase filant vers l’Azerbaïdjan. C’est une fin de parcours qui pourtant est le départ d’une fabuleuse possibilité d’échappée en décidant de s’enfoncer vers les sommets montagneux.

L’environnement naturel et sauvage offrira une sensation inouïe de liberté, demandeuse mais inspirante, réelle immersion en semi-autonomie.

Contrairement aux autres sommets géorgiens de Svanéti, Kazbegi et même Tusheti, ici aucune voiture ne vous mènera vers un possible sommet. La route s’arrêtera à l’entrée de la réserve naturelle, ensuite il ne faudra plus que compter sur l’énergie de ses mollets et d’un bon souffle alpin pour atteindre les hauteurs du Black Rock Lake à 2780m.

Malgré les autres très belles régions montagneuses du pays, que je recommande, Lagodekhi est pour ces raisons de quiétude et d’isolement  l’itinéraire qui restera mon Summit géorgien.

Pont de fortune

Le trail  de 48KM peut se faire en 3 jours à allure moyenne mais les plus rapides pourront l’effectuer en deux jours ( compter 9 heures de marche minimum jusqu’au lac depuis le centre d’accueil ) avec une nuit dans le refuge à 3km du lac.

Avant de partir à l’aventure, il vous faudra présenter votre passeport aux rangers du parc qui émettront une autorisation de déplacement sur la montagne. En approchant des cimes un contrôle fait par les militaires géorgiens est de rigueur puisque l’itinéraire longe la frontière sensible avec le Daghestan russe.

J’ai décidé de partir le plus léger possible et pas après 10h00 du matin ( présentez-vous au centre dès l’ouverture le temps d’éditer l’autorisation de passage ) avec un sac à dos muni d’affaires chaudes, de réserves de nourriture ( conserves, saucisson, barres chocolatées, pain… ) un sac de couchage mais pas de tente ( une somme de 15 laris par nuit en refuge est a débourser au retour ) et le plus important deux litres d’eau a ne pas négliger car les sources seront rares pendant le trajet et la soif une possible préoccupation.

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Les premières heures de marche sont celles des premières côtes à gravir mais dans un seul espace forestier protecteur de ses feuillages en été. Les biches se faufilent derrière les broussailles, surpris par le pas du marcheur, les oiseaux transmettent la rumeur de la présence du voyageur solitaire. Ma seule rencontre de la matinée sera celle des guides équestres dévalant  le massif kakhétien.

Le refuge de la station météorologique qui est à 12km du point de départ semble loin. Après plusieurs heures de marche à bonne allure, je suis toujours sous les chênes et il est temps de déjeuner. Du pain, saucisson et une première boite de sardine avec quelques rasades d’eau ferront l’affaire. Les mûres ingurgitées sur tout le chemin auront complétées à me donner des forces pour la suite.

En sortant des bois, le ciel se dévoile enfin avec une vue devenue vertigineuse sur la vallée de l’Alazani. Incroyable de s’imaginer le matin même en contre bas à Lagodekhi. La montagne m’a déjà absorbée. La faune et la flore changent radicalement avec des fleurs et des insectes jusque là non observés. Les abeilles butinent les redoutables berces du Caucase, celles là même qui peuvent générer de mauvaises brûlures si on s’avise de les couper. Leur sève toxique ferra des dégâts sur votre peau.

Le paysage est devenu alpin, les sentiers de fleurs multicolores se répandent parmi les herbes semi-hautes et les flancs de montagnes opposés offrent des vues admirables. Encaissées dans les gorges abruptes, des cascades dévalent les côtes verdoyantes sous un soleil devenu lourd. C’est dans ce cadre somptueux que se situe le refuge de la station météorologique. Le drapeau géorgien flotte au dessus de la cabane en bois abritant quelques dortoirs sommaires pouvant servir de première halte aux forçats de la marche. La source se trouve à 200 mètre du refuge et est la bienvenue pour la suite de l’aventure qui ne verra plus d’autre point d’approvisionnement avant le prochain refuge.

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Je ne me suis pas attardé à la station météo, le temps de faire le plein d’eau et repartir. Il est environ 16h°° quand je croise les premiers marcheurs partis la veille. Lado et Kakha ne parlent que géorgien, dorment en tente et multiplient les selfies. Leur volant la vedette, ils m’offrent la chance d’obtenir une magnifique image au dessus des cols azéris.

Arrivé au top des chemins les plus raides, après avoir grimpé toute la journée le dénivelé se rectifie et laisse filer des vallées planes plus amicales pour les jambes fatiguées. L’air est aussi plus frais et le vent transporte un goût d’indépendance et de liberté accentué par les grands espaces vierges.

Les cairns, ces empilements de cailloux balisent le sentier et leurs emplacements signalent les points plus élevés avec des vues plongeantes à 3000 mètres sur la Kakheti. Au loin j’aperçois deux chevaux, des tentes et un drapeau géorgiens. Le check-point est en vu ce qui signifie que le lac est à environ 45 minutes de marche. Il est 17h30 et je me présente à la patrouille qui vérifia  pendant une dizaine de minute mon passeport ce qui me donne le temps de m’asseoir et profiter de la source à la pompe déviée du cour d’un ruisseau de montagne à quelques mètres assurant de l’eau à profusion aux hommes.

Ces deux militaires géorgiens vivent en quasi autarcie, sont reliés au “sol” par leurs radios et disposent de provisions pour plusieurs mois le ravitaillement se faisant à l’aide de chevaux mais surtout par hélicoptère pour les plus grandes rations. Plus tard, ils seront remplacés par d’autres engagés qui s’installeront pour cette vie d’ermite en armes. La zone est sensible, c’est une frontière avec la Russie et au moins deux régions ont déjà été franchies sauvagement ces dernières années. Bien que l’environnement soit peu praticable et rude, le pays voisin est derrière le flan rocheux.

Je reprends mes papiers et termine mon cheminement jusqu’au lac formant la frontière naturelle entre les deux pays. Dans mon dos le Daghestan ouvre un monde infini de monts irréels et inatteignables. L’endroit est calme et pristine, une grande force en émane, je me sens loin du monde.

La pureté du paysage, sa topographie et sa couleur, la lumière changeante le rend fascinant, mouvant. J’y reste, escalade les pentes avoisinantes  au lac ce qui ne manque pas à chaque avancée de m’accorder un angle de vue différent du panorama. Soudain la lumière tombe, le vent se lève et la température chute. Il est temps de me diriger vers le refuge à 3km.

Au camp, quelques vagabonds russes des montagnes ont allumé un feu. Certains sont sur les pentes montagneuses depuis presque deux semaines, vivant de peu. Une vie de bohème en altitude loin des voitures et des magasins à admirer les jeux du soleil derrière les montagnes et les étoiles luisantes statiques dans un ciel éternel.

La nuit est fraîche malgré mon couchage, mais je dors profondément. Le matin je retourne au lac pour profiter encore une fois de cet endroit inspirant avant d’engager la descente vers 9h°°.

La descente se négocie par une autre voie qu’à l’aller, la vue plongeante pendant près de 10km sur Lagodekhi et jusqu’à Telavi est pittoresque. Le passe est tortueux et pas si simple à gérer avec la descente, attention aux possibles chutes et à ses appuis pour garantir l’état de ses chevilles. Ici, on longe le ravin fleuri. L’entrée en forêt est rapide et ampute la vue périphérique tant chérie, le sentier laisse place au chemin de trail plus technique et traumatique pour les rotules. Un bon bâton de berger sera de mise pour réduire les efforts. Mon oreille se tend et le bruit de la rivière m’indique de je ne suis plus très loin du centre.

J’arrive vers 14h°° à la grande surprise et joie des rangers qui me moquaient la veille me reluquant comme accoutré pour aller au café plutôt qu’en montagne. C’est d’ailleurs tout ce qui me reste à faire, m’installer en terrasse, manger et vider deux bières, savourer cette belle échappée et redescendre au village prendre la Marshrut pour Tbilisi.

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Petit conseil : Je pense qu’il est nécessaire de se renseigner sur les possibilités de cette promenade en montagne avant de l’entreprendre, selon la saison le sentier peut-être impraticable. Dans tous les cas, n’oubliez pas de vous munir de crème solaire, j’ai vu plusieurs personnes souffrir là haut à cause du manque de protection de leur peau. Etre équipé vous aidera à améliorer votre confort car une fois dans les sommets on rencontre plus facilement la solitude.

Toutes les photos publiées sont de l’auteur et leur utilisation est strictement personnelle. Copyright for the pictures that all belong only too me. Adrien Clémenceau

 

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