Océanide, regards posés

  albanie61CARGOSa présence est une invitation irrépressible à vouloir venir la rejoindre. Qui est cette jeune femme ?

Depuis tout à l’heure je l’observe et une onde de mystère émane d’elle.

Je n’ose l’approcher sans éprouver la crainte de troubler la quiétude jaillissant de sa profonde contemplation. Figé, son regard à elle semble s’engouffrer jusqu’à l’horizon délimité par l’Adriatique avant de s’y évanouir.  Rêveur, ce même regard va me faire voyager, j’en suis convaincu.

C’est son pays que je vois à travers ses yeux, elle me raconte son histoire sans dire un mot.

Elle est proche de moi mais semble tellement  loin tant son esprit est ailleurs.

Qu’y a-t-il ? Je discerne un sourire de défiance sur son visage. Est-ce un rictus d’audace s’adressant au temps qui passe, ou narquois songeant  au futur qu’elle entrevoit ?

Elle est l’avenir de son pays, jeune et blanche, elle sait que les jours fait de lumière aujourd’hui ont vu le sang couler jadis. Elle veut conserver les odeurs de joie des belles journées d’été, couchée dans les herbes hautes et  jaunies  jusqu’à l’appel des enivrantes soirées arrosées de raki.

On devrait s’en rappeler, la paix n’est pas un droit pour tous. Certains doivent se battre pour mériter ces instants si précieux. Ceux qui se sont battus et ont vu leurs voisins tomber connaissent sans doute plus que les autres le goût sucré de la liberté.

Le manège derrière ma Muse ne tourne plus.  Est-ce cela, le parfum aigre des jours sans fête, sans joie et sans lumière ?

Les bolides sont arrêtés, cabossés, le carrousel semble s’être, le temps d’un entracte, enrayé. Elle s’appuie avec dignité sur les vestiges de son passé. A peine devenue femme elle doit se souvenir des jours d’enfance où dans les Balkans, les chevaux de bois allaient à la guerre.

Les blessures s’estompent mais ne s’effacent pas. Le temps cicatrise les plaies et le bonheur revient comme un soleil trop longtemps disparu derrière la mer. Au diable le passé, il faut s’en servir, l’honorer mais surtout ne plus le craindre. Le temps appartient au présent afin de construire un futur qui pour ses enfants, les verra, l’espère t’elle, insouciants s’émerveiller tels des cavaliers emplis de légèreté.

IMG_3841Photo prise à Split, en Croatie, en novembre 2016 par l’auteur.

Photo d’introduction : Photo de la série “Balkans de Antoine Vincens de Tapol

Adrien Clémenceau

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