Stenka Razine

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La côte droite de la Volga, entre Saratov et Volgograd, n’a pas à pâlir davantage face aux falaises de l’Albion ou devant celles de la Mecklenbourg-Poméranie.

La découpe du paysage qui s’étire devant la pointe de mon kayak est époustouflante.

Saratov laissait entrevoir les prémices d’une belle balade à venir.

Déjà, les rives de la Volga s’étaient chargées d’un relief accidenté et le caractère de la steppe concourait à les rendre fantasmagoriques.

Une touche de grandeur entremêlée d’une grande désolation, c’est ce qui allait s’élever au gré de la navigation.

Je quittais donc Saratov pour m’engager dans le dernier réservoir de la Volga, la dernière mer à franchir, celui de Volgograd.

Il faut imaginer que celui-ci s’étend sur plus de cinq cents kilomètres de longueur et que par endroits, ses rivages sont espacés d’une vingtaine de kilomètres.

C’est donc, une mer ou un océan, appelez la Volga comme vous voulez.

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Pas de vent, ou sinon une légère bise dans le dos, c’est ainsi que je me laissais porter lors des premières étapes de navigation. D’excellentes conditions puisque les températures méridionales promises étaient au rendez-vous et qu’aucun nuage ne venait obstruer les rayons du soleil.

Il n’était donc pas fou de croire que le climat s’adoucirait en allant vers le sud.

L’affrontement des forces de l’eau et du feu, il y a des millions d’années, a façonné un cadre extraordinaire.

Les falaises de la mer de Volgograd sont un délice pour les yeux du voyageur.

La nature est-elle capable de telles prouesses ?

Il semble qu’une pléiade de sculpteurs ait, nuit et jour, et ce pendant des siècles, taillé la roche. Les dessins sont réguliers, les dégradés de roches oscillent du beige au ferrugineux en passant par le blond, et cela, jusqu’à ce que l’œil ne puisse plus en deviner l’horizon.

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C’est dans ces massifs, parfois hauts de plus de trente mètres qu’un sulfureux personnage aurait caché son trésor au XVIIIème siècle.

Il s’agit de Stenka Razine.

Ce légendaire corsaire avait réussi à rallier les cosaques de la Volga ainsi que des populations asservies afin d’organiser des raids en pillant des navires sur la Volga et mettant à sac des villes de l’autre côté de la mer Caspienne.

Fort de son pouvoir, il parvint à lever une insurrection face au pouvoir tsariste dans le sud de la Russie en remontant jusqu’à Simbirsk, l’actuelle Oulianovsk.

Capturé, il sera torturé puis écartelé sur la Place Rouge de Moscou.

Tout cela pour dire que c’est dans ce paysage fascinant que le dit brigand avait sa base et qu’aujourd’hui, certaines de ces falaises portent son nom.

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Je navigue entre la craie et le brouillard, l’atmosphère est laiteuse et opaque.

Tout est compact et minéral, léger et calme.

Je pagaie énormément, il n’y a pas de vent, j’enchaîne les kilomètres, passe devant le village de Zolotoe – qui signifie “or” en russe.

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Je m’arrête dans une baie entre roches et forêts. Je monte le camp, il me faut du repos et de nouveau enchaîner les kilomètres le lendemain. Malgré le brouillard, il n’y aura pas de vent.

Pourtant, pendant cette nuit, je suis réveillé en sursaut par des mouvements tout autour de ma tente.

Est-ce le vent ? Non.

Il semble pourtant qu’une tornade s’abatte autour de ma toile. Les côtés de mon habitation sont comme assiégés, je hurle pour faire fuir un possible prédateur, puis c’est l’entrée de la tente qui est prise d’assaut.

Je m’arme de ma lampe frontale.

J’ouvre la première fermeture qui donne sur le sas et c’est à cet instant que je vois dépasser la tête d’un renard sous les plis de ma canadienne.

L’animal creuse pour passer et accéder à un sac de nourriture. Il me fixe et poursuit ses efforts pour entrer. Il me faut alors m’en approcher et lui lancer des pommes pour qu’il prenne la fuite. Il est vingt-et-une heures.

Malgré l’incident, je m’endors en espérant être en paix avec le goupil.

Il fallait pourtant compter sur la témérité du canidé puisque lors d’un autre tourbillon matinal, au alentour de six heures, il revint attaquer mon campement.

Après de nouvelles pommes jetées au fauve roux, l’histoire était terminée puisque le jour se leva et l’animal disparu. Toutefois, il aura réussi à déchirer l’avant de ma toile.

C’est ainsi que je continuais ma route dans cet écrin fabuleux peuplé de pêcheurs et de barges remontant les eaux paisibles de la Volga jusqu’à Kamychine.

La ville de Kamychine est la plus grande cité entre Saratov et Volgograd.

Je trouve refuge dans le “yacht club” de la ville.

Vassili et l’équipe me sortent de l’eau et me pressent de me rendre au bania.

Le lendemain, avant de poursuivre mon chemin, les photos avec le voyageur sont de mises sous la bannière russe.

Très rapidement, les vents puissants venant du sud me figent.

Je me trouve pris entre la Volga et sa falaise. Malgré une température au-dessus de quinze degrés, les vents surpassent les trente kilomètres par heure.

Cela va durer deux jours.

C’est donc depuis les falaises de craie de la Volga que je contemple le spectacle des couleurs, la course du temps et l’influence qu’il a sur le fleuve, le seul véritable trésor que je ne me lasse pas de rechercher chaque jour en espérant qu’ils apportent infiniment de nouvelles richesses.

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