Volgograd, cité des héros

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S’il y a un endroit en Russie où le feu sacré brûle d’une ardeur vive et tenace plus qu’ailleurs, c’est sur les rives du fleuve Volga à Volgograd.

La ville toponyme de son artère fluviale a connu différentes vies, calmes et tourmentées, un destin qu’on ne lui aurait jamais imaginé, celle de devenir le théâtre d’une des batailles les plus terribles qu’ait pu connaître l’Histoire des Hommes, celle de Stalingrad.

Avant de devenir célèbre de funeste manière, la ville s’appelait Tsaritsyne.
Fondée au XVIème siècle, elle servait de base fortifiée à l’Empire russe lors de son expansion vers le sud Caucase.
Devenue une ville commerçante, elle s’est appelée ainsi jusqu’au début de l’époque soviétique, et cela, avant de se voir attachée, en 1925, du patronyme du leader soviétique du moment, Joseph Djougachvili, Staline. Stalingrad naît alors.

Qui aurait imaginé alors que la ville de l’homme d’acier serait celle qu’il faille défendre jusqu’au sacrifice d’un million de vies ?
Impensable alors.
La Volga continuait de couler sereinement depuis les collines de Valdaï vers la mer Caspienne jusqu’à ce que débute le deuxième conflit mondial.
La bataille de Stalingrad allait alors perturber ce cours et durer de juillet 1942 à février 1943. Soit plus de six mois.
Stalingrad, dernier verrou russe avant le Caucase ne devait pas sauter devant la progression nazie.
C’est de cette façon qu’elle devint un lieu de martyr et un temple de la désolation.

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Suite à la défaite du troisième Reich, la ville devait se reconstruire. On y bâti alors, sur une des collines où les affrontements furent des plus intenses, une statue colossale de plus de quatre-vingt-cinq mètres, l’épée levée vers le ciel, sommant à ses enfants de livrer le combat pour la victoire, pour la liberté.
C’est la Mère-Patrie des Russes et son appel à aller de l’avant.
Les soldats soviétiques n’avaient évidemment pas le choix. Avancer ou reculer revenait à subir le même sort. Celles de la rencontre des balles de l’armée nazie ou celles des mitrailleuses soviétiques.

Après une courte marche, je vois cette figure féminine gigantesque dominant la ville.
Je me rends sur le Champ de Mars des Russes, le Mamaïev Kourgane, qui honore la mémoire de tous ces sacrifiés.
Je monte les marches qui me mènent au hall des héros, empreinte un tunnel, un frisson me traverse. La lumière du soleil couchant se propage dans l’enceinte circulaire dans laquelle brûle une torche tenue par une poigne sculptée.
Sous les éclats de lumière, les murs s’emplissent d’or et de vermeille.
Les noms gravés des héros brillent sur les pans de mosaïque. La vibration de la flamme emplit l’espace d’une puissance glaçante. C’est un panthéon. Ici, se concentre la mémoire de cinq-cents milles soldats soviétiques, leurs corps vaincus par les balles et leur âme éternellement préservée sous le regard de leur mère guerrière.

 

 

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Que penser de tout cela ?
Aujourd’hui, cette tragédie est terminée depuis soixante-quinze ans. Les peuples ennemis d’un jour se sont réconciliés. D’autres guerres se sont déroulées et se déroulent sur d’autres territoires.

Stalingrad s’est reconstruite et a de nouveau changé d’identité.
En 1961, dans une démarche de déstalinisation engagée par Nikita Khrouchtchev, la ville épousa le nom de Volgograd. La ville de la Volga. La ville héroïque. Cette guerre a forgé sa légende et contribue à son identité actuelle.
Cela dit, hormis un moulin en ruine et le pan de mur d’une maison en morceaux, il ne reste rien de ce qu’a pu être la ville avant 1942.

Volgograd est une ville d’un million d’habitants.
Elle semble tourner le dos au fleuve, les quais sont séparés par une longue route de l’esplanade menant à l’allée des héros. Les héros, ce sont ces hommes médaillés pour leurs exploits guerriers. La promenade en bord de Volga n’est pas populaire, comme si les affres du passé pouvaient resurgir des eaux.
En 2013, Volgograd fut victime d’une série de trois attentats dans des transports en commun ainsi que sa gare centrale.
Ces attaques étant commises par des kamikazes en provenance du Caucase.

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En 2018, un nouveau stade a été inauguré pour accueillir le championnat du monde de football. La ville a accueilli des citoyens du monde entier. Volgograd, malgré ses plaies est une ville vivante et ses habitants souriants et avenants.
Andreï, jeune étudiant en langue française m’a dévoilé l’histoire de sa cité.
Ensemble, nous avons exploré la ville et sommes allés au stade.
Les militaires russes aussi vont au stade et potentiellement aussi toujours à la guerre.

Lors de notre visite du musée commémorant la bataille de Stalingrad, Andreï me montre un drapeau français sur lequel est inscrit  :
“Jamais les jeunes du pays de Fabien et de Guy Moquet ne feront la guerre au pays des héros de Stalingrad”.
Ces mots datent de 1966 et de la venue du général de Gaulle à Volgograd.
Dans une époque où il n’a jamais été aussi simple de voyager et d’aller à la rencontre de son voisin, mais que, malgré tout, les idées reçues et les phobies sont cultivés par de la désinformation nourrissant des peurs, il faille espérer que ces sages paroles raisonnent dans tous les esprits autant que celui des bombes tombées jadis.

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