La perle danubienne

Le fleuve ne fait pas dans le détail. Il découpe violemment le territoire, mettant au défi les rives opposées à se réunir de nouveau, les séparant par des courants surpuissants. Avant de quitter l’Autriche, le château slovaque de Devin surgit au loin. Un kayakiste rentre chez lui, prêt à remonter quelques kilomètres de la Morava depuis sa confluence avec le Danube.
Tomas m’explique qu’ici, le profond lit du fleuve venait suppléer l’infranchissable rideau de fer dans son rôle de diviseur des pôles. Deux mondes l’un en face de l’autre, l’ouest et l’est irréconciliable jusqu’à sa chute le 10 décembre 1989. Quelques kilomètres en aval, Bratislava s’étend déjà sur les deux rives. La Slovaquie ne garde pas le monopole du Danube bien longtemps. Le temps de boire un Kofola, elle le partage déjà avec sa voisine hongroise sur une centaine de kilomètres ; souvenirs d’une nouvelle découpe de frontières au sortir de la première guerre. Aujourd’hui, l’Union européenne se situe sur la rive nord, Schengen au centre, les Magyars au sud.

Le fleuve dévoile des espaces peu convoités par l’homme, peu de ponts, de rares villes. Au passage d’Esztergom, ancienne capitale de la Hongrie, un pêcheur sort de l’eau des carpes sur le sable, ce qui semble plus simple que de suivre l’histoire de la géographie du Danube avec une carte sur table. Et puis, trop longtemps refermée sur elle-même, la perle danubienne s’offre enfin à moi, Budapest tant convoitée est en cette fin juillet fort fréquentée. La belle architecture néo-gothique du parlement domine depuis les quais, celle de l’art Nouveau donne à la cité toute sa splendeur dans ses temples d’eaux miraculeuses. Il faut bien ça pour se soigner d’un tourisme de masse laissant sombrer, la nuit venue, la ville dans le chaos. Tout de même, je retrouve mes amis azerbaïdjanais, et leur fils Attila, né à Budapest, comme un nouveau symbole d’entente entre les peuples. Un petit enfant d’à peine quatre ans manipulant déjà trois langues. Le fleuve ne s’encombre pas savoir ce qui est bien ou mal, il se plie au rôle qu’on lui attribue, celle de séparateur ou bien de passeur. À chacun de trouver comment s’accorder avec sa volonté. Alors, je m’enfonce à présent, porté à ses côtés, dans l’Europe des Balkans…

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